Alors que le débat public évoque souvent un tissu économique tunisien composé de plus de 800000 unités, le Rapport national sur l’Entreprise 2025 invite à une lecture beaucoup plus nuancée, et surtout plus réaliste, du rôle économique réel des entreprises. Derrière ce chiffre impressionnant se cache une réalité fiscale bien différente : seules environ 170000 entreprises sont effectivement identifiées et actives dans le champ fiscal, et à peine 103 000 déclarent effectivement leurs résultats chaque année auprès de la Direction générale des impôts (DGI).
Sur les 824 593 unités économiques recensées, près de 87,5 % sont sans salariés, relevant principalement du travail indépendant et de l’auto-emploi. Les entreprises employeuses ne représentent qu’environ 103 500 unités, soit à peine 12,5 % du total. Cette structure explique pourquoi la base fiscale demeure étroite malgré l’apparente abondance d’entreprises.
En réalité, l’essentiel de l’effort budgétaire repose sur un noyau réduit d’entreprises formelles, principalement des PME et des grandes entreprises, qui concentrent l’activité économique, l’emploi salarié et la création de valeur.
Contrairement à une idée répandue, le secteur privé constitue aujourd’hui le principal pilier du financement public. Le rapport montre que les entreprises privées assurent en moyenne près de 53 % des recettes fiscales totales de l’État, à travers trois canaux majeurs :
Autrement dit, plus d’un dinar fiscal sur deux provient directement ou indirectement de l’activité des entreprises privées. Cette contribution est d’autant plus significative qu’elle repose sur un nombre restreint d’acteurs : en 2024, seules 103 756 entreprises ont effectivement déposé une déclaration fiscale, en recul de 8,3 % par rapport à 2023.
Le rapport met en évidence un paradoxe préoccupant : moins d’entreprises déclarent, mais celles qui restent contribuent davantage. En effet, malgré la baisse du nombre de déclarants, les montants déclarés en chiffre d’affaires et en impôts ont augmenté, traduisant une concentration accrue de la charge fiscale sur un noyau réduit d’entreprises formelles.
Cette situation alimente un cercle fragile :
Le rapport souligne ainsi un écart majeur entre le nombre statistique d’unités économiques et le nombre réel d’entreprises économiquement et fiscalement actives. Sur plus de 800 000 unités :
À l’inverse, les entreprises réellement structurées — PME et grandes entreprises — ne représentent qu’une fraction du total, mais assurent :
Le rapport met également en perspective le rôle du secteur privé face aux entreprises publiques. Ces dernières, bien que stratégiques, génèrent une charge budgétaire nette importante : leurs transferts reçus dépassent largement leurs paiements à l’État, avec un déficit moyen annuel de plus de 2,3 milliards de dinars, représentant environ 22 % du déficit budgétaire total.
Ainsi, pendant que le secteur privé finance une part substantielle du budget, le secteur public continue de peser lourdement sur les finances publiques, renforçant la nécessité d’un rééquilibrage.
L’un des messages centraux du rapport est clair : assimiler le tissu économique à 800 000 entreprises fausse le diagnostic économique. La réalité productive repose sur un nombre bien plus restreint d’acteurs formels, dont la contribution fiscale est décisive mais fragile.
Revoir les statistiques officielles en distinguant clairement :
Devient indispensable pour concevoir des politiques publiques efficaces.
Le rapport plaide pour un recentrage des politiques économiques autour de trois priorités :